Ce ne sont pas tant les objets qui habitent le monde que le monde qui est habité par les objets. C’est ce que semble vouloir nous démontrer Jérémie Boyard avec ses œuvres pleines d’une ironie sincère. Chacune d’entre elles est une tentative de formuler un énoncé sur la nature des échanges et le type de relations que l’homme entretient avec son environnement : sociale, économique, politique, mais aussi poétique et sentimentale. Le décalage entre ces différents niveaux de réalités et le discours de l’artiste provoque un sentiment d’étrangeté et de vague ambiguïté. Des portes s’ouvrent, mais rien n’est fixé, aucune interprétation ne saurait prévaloir sur une autre. Ces œuvres sont des métaphores qui donnent à réfléchir le monde dans son ensemble plutôt qu’à travers le seul prisme de l’art.

L’on pourrait voir dans sa manière d’aborder l’existence une forme d’hédonisme, préconisant la connaissance de soi et l’expérience du réel, plutôt qu’une quelconque doctrine formaliste. L’artiste préfère absorber le monde, en étant perméable aux influences, sans toutefois se laisser distraire par les idées reçues. Ainsi, son champ d’expertise ne se limite pas aux arts plastiques, il englobe un ensemble de références touchant à la fois au design, à l’industrie et à la culture populaire.

En bon disciple de Duchamp, Jérémie Boyard assemble et organise des objets selon un ordre de pensée bien précis. Ce qui ne l’empêche pas d’aimer se frotter à la réalité des matériaux, d’être sensible à la séduction de leur couleur, de leur texture, de leur surface. L’enjeu consiste à mettre à l’épreuve de la réalité chacun de ses gestes successifs, à chaque étape de la réalisation, comme sur une vaste chaîne de montage.


Il y a de l’humour et de la dérision dans les œuvres de Jérémie Boyard, mais aussi de la tristesse. Toute une gamme d’émotions contenues, à l’image de cette boîte de Regrets sur laquelle on projette de nombreux scénarios. Ces dialogues intérieurs parlent de la vitesse, de l’obsoles- cence, de la fin du règne des utopies. Serait-ce l’atteinte de l’âge de raison qui marque le deuil des illusions ? Difficile de conclure aussi facilement, car les jeux d’oppositions sont nombreux et les significations inextinguibles. Reste de ces visions espiègles quelque chose de léger, de flottant, comme un sourire aux lèvres.

Septembre Tiberghien